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Les Films dans ma TV
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Limguela

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La Folle ingénue, Ernst Lubitsch.

Bang bang bang ! ça c'est du chef d'œuvre ! Aussi parfait que Ninotchka... Toujours très cosmopolite : un film américain mise en scène par un Allemand, avec un Français en rôle principal jouant un Tchécoslovaque... en Angleterre. Et on continue les oppositions forcément génératrices de bons nombre de situations irrésistibles, avec une histoire tournant autour des luttes des classes en Angleterre (ou plutôt de la non lutte, du conservatisme).

Etonnant que cette histoire se passe en Angleterre, parce que Lubitsch, c'est tout à fait ça : un humour pas si éloigné que ça des Anglais, décalé, absurde, distingué, le nonsense quoi avec la petite touche perso, les allusions sexuelles... Jennifer Jones, très légèrement bourrée, vautrée sur un canapé qui fait miaou miaou... Le mythe de la vamp qui éclate comme des bulles de champagne... Il serait vain de décrire ce qu'est la lubitsch touch, parce qu'au fond elle n'existe pas... le réalisateur n'était pas auteur des scénarios qu'il mettait en scène. Mais c'est vrai qu'il y a toujours une constante : des situations pas possible, qui avancent par les mots (et qui font même un peu de sur place dans ce film : le verbe, rien que le verbe), un ton, un humour loufoque sans jamais s'approcher de l'absurde le plus cru et gratuit comme dans Hellzapoppin, on est toujours à la limite du réalisme et du surréalisme, de l'absurde ; pas de tarte à la crème mais des dialogues qui pétillent comme dans une pièce de Feydeau, avec la même distance amusée parfois que chez Guitry. Jennifer Jones est trop distinguée pour être plombier, Charles Boyer est trop désinvolte pour être un réfugié politique, c'est du grand n'importe quoi assumé, tout est dérision. L'intrigue, cette fois, importe peu, ce n'est pas aussi sophistiqué que dans ses autres films (en y pensant, je préfère ceux qui ne le sont pas trop : Ninotchka aussi au fond va droit au but, c'est moins un imbroglio que dans certains autres films), ce qui compte c'est surtout la situation "au jour le jour", les dialogues, la folie douce des personnages, leur bêtise. Pas d'histoire à raconter, car la principale est trop... simple ou bizarre, tout le plaisir est dans les détails des situations, le rythme de la mise en scène, les dialogues d'un cinéma non pas parlant mais beau parleur.

Bon je suis content, ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un film qui me donne autan de plaisir... et j'ai un peu de mal à en parler, ne sachant vraiment pas par quel bout le présenter... ça reste un film un peu insaisissable tout de même... On pourra toujours essayer de le définir, on y arrivera jamais... c'est peut-être ça la lubitsch touch... un truc totalement insaisissable qui vous accroche comme rien d'autre.

Un autre film aussi qui m'a bien plus, mais beaucoup moins connu : La Maison dans l'ombre, Nicholas Ray. On retrouve le même attachement à la psychologie que dans ces autres films, le mise en scène aime bien s'attarder dans des scènes pour exprimer autre chose que ce qui est signifié par les dialogues, Ray aime prendre son temps, l'un des premiers sans doute à oser ralentir le rythme, à faire des parenthèses à l'intérieur du récit ; il cherche à montrer autre chose, lui aussi quelque chose d'insaisissable qui n'apparaît pas dans la trame de base, on voit bien qu'avant la trame, ce sont les personnages qui passionnent Ray, leur destin, leur devenir, plutôt que leur actions... Comme dans le Violent, comme dans les Amants de la nuit, et comme plus tard dans La Fureur de vivre ou Johnny Guitare.

Ici, ça commence comme un film noir, bien noir, en ville, avec un flic qui se bat avec ses états d'âme. Et puis on l'envoie dans le trou du cul enneigé de l'Amérique. Dépaysement total, l'anti film noir. Le film se ralentit, le nombre de séquence diminue, elles se rallongent et gagnent en intensité en réalisme. La trame n'a plus la sophistication et la densité souvent incompréhensible des film noirs, on se rapproche du film country tranquille, au western pépère qui reprend les principes d'une unité d'action, de lieu et de temps de la tragédie. Fini les ellipses, les flashbacks, la grande sophistication des films noirs, seuls reste, le flic perdu dans le "calme" blanc. Pas d'enquête : juste une poursuite, qui s'éternise et qui nous amène... dans cette maison dans l'ombre... Pourquoi dans l'ombre ? Parce qu'Ido Lupino y cache son frère crétin-criminel, et qu'elle est aveugle. Une rencontre presque mythologique pour notre flic accompagné par le père de la victime... on est bien à la campagne, pas de sophistication, pas de loi, pas de sirène... C'est Oedipe se rendant à Thèbes, mais le le Sphinx est remplacé par Jocaste, et c'est Jocaste qui est déjà aveugle^^, bref, c'est de la mythologie passée au mixeur^^.

Quand on met toute sa mise en scène sur les rapports entre personnages il faut des acteurs capables d'assurer... Est-ce qu'on peut rêver mieux que Robert Ryan en salaud-tourmenté-gentil et surtout ma belle Ida Lupino en hôtesse-tourmenté-aveugle ? (Ida Lupino, la vampe au visage ordinaire dont le nom évoque la fumée de cigarette qui s'élève jusqu'à disparaître... ou comment une femme à la beauté ordinaire peut vous envouter par sa présence, son intelligence... ─ en passant, Lupino est, il me semble, l'une des premières réalisatrices de film...).

Peut-être pas un chef d'œuvre mais un film vraiment singulier. Et c'est le mot, parce que comme j'ai dit, le film va vers toujours plus de simplicité, d'unicité...

Avec tout ça, il fallait bien que je vois un film moyen...
Je continue mon voyage autour de la galaxie des films SF, souvent de série Z.
Silent Running, Douglas Trumbull.
Trumbull est surtout réputé pour être un grand maître des effets spéciaux (souvent spatiaux). 2001, c'est lui, Blade Runner, c'est lui... J'avais plutôt bien aimé Brainstorm, mais là ce Silent Running, c'est vraiment pas terrible. Le scénario n'est pas si mal que ça, mais la mise en scène est vraiment très mauvaise, et les effets spéciaux d'un ridicule affligeant... à croire que les effets de 2001, son à mettre au crédit (unique) de Kubrick et que ceux de Blade Runner, aient juste profités des avancées techniques effectuées pour Starwars par son copain John Dykstra (mais j'en doute aussi parce que Dykstra a lui aussi réalisé un film, avec des effets spéciaux très douteux...).

Le film est sympathiquement écologiste, les deux robots semblent avoir inspirés les droïdes de la guerre des étoiles...à part ça, pas grand chose à dire sinon que ça n'aurait pas forcément mérité une place dans un post qui traitre d'un chef d'oeuvre de Lubitsch^^...
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Message22 Mar 2008 22:57
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bandini

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Ca m'avait fait beaucoup rire aussi Cluny Brown ! "Nuts to the squirrels, squirels to the nuts" ! C'est si érotique quand elle se touche, un coup dans le pif, en miaulant... La Jennifer Jones ne le savait pas mais elle venait d'offri sa meilleure prestation... parce que le reste... Enfin ce n'est que mon avis.

Limguela a écrit:
des situations pas possible, qui avancent par les mots (et qui font même un peu de sur place dans ce film : le verbe, rien que le verbe)


C'est exactement ça ! J'vais la ressortir celle ci^^, j'avais jamais réussi à mettre les mots exacts sur lubitsch... On se régale sur la suite de répliques un peu comme Gabin manié par Audiard (ou alors "la traversée de Paris" mouah mouah ahahahah...).

Tiens, je savais pas que la Lupino avait été réalisatrice ! Va falloir se pencher sur son cas.

Vendredi, j'ai vu Sylvia Scarlett. Un peu déçu après la tornade "Holiday" d'il y a quelques jours. Ca vaut surtout pour Hepburn (Katherine, pas Audrey elle pue).

Et aujourd'hui, House By The River de Lang. Comme un Hitchcock, il n'y a pas de mystère sur le qui/quoi/ou/comment/pourquoi... du crime. Ce n'est donc pas un noir pour moi, tout se pose d'emblée sans mystère, sans écran de fumée, sans flashback hanté. Et d'une manière chirurgicale, on sera témoin de l'impact du crime commis sur la psyche des personnages (les détails apparus en début de film revenant hanté le perso principal, c'est d'un régal^ puisque ça nous fait tilt également). La photo est vraiment belle, les scènes en rivière, c'est du niveau de La Nuit Du Chasseur. Si mystérieux, angoissant que ça en devient un marécage^^.
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Message23 Mar 2008 2:21
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Limguela

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J'ai pas vu House by the river... Je prends donc ma barque et pars à la pêche pour le dégoter... comme je suis un grand amoureux des films américains de Fritz Lang (pas les muets... ça pue^^).

Et comment ça, elle pue Audrey Hepburn ?! Breakfast at Tiffany, My Fair Lady, Sabrina ?! Déjà trois chef d'œuvre !
Entre choisir entre Hepburn la môme et Hepburn l'homme-cheval, mon choix est vite fait...^^

Pour la Lupino, j'avais vu un de ces films... ça ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable.
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Message23 Mar 2008 8:05
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bandini

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J'aime bien Sabrina - elle y chante Moon River pour la première fois je crois avant son Breakfast ? - mais le reste, je m'y ennuie. Two For The Road ronflements ronflements... C'est un peu comme Gene Tierney, elle est trop belle, trop parfaite pour que ça puisse me charmer... Ca m'effraie ce genre de filles inaccessibles^^ !

Je suis rouillé, j'ai du mal à parler des films qui vont suivre... Surtout des difficultés à les digérer parce que c'est du lourd. C'est mes chocolats de Paques quoi !

blonde crazy de roy del ruth 1931 / Deux jeunes gens vont faire équipe arnaquant des pigeons en pleine Dépression. James Cagney et Joan Blondell font vraiment la paire ! Ils se chamaillent, roucoulent... avec toute la classe de Cagney. Blondell le gifle une bonne dizaine de fois dans le film et il en redemande ahahah ! Cagney renifle les sous vêtements de la dame, se les ajuste à sa taille/le soutif sur non nez et on apercoit brièvement les roploplo de Blondell tressautées !

Spellbound d'Hitchcock (la maison du docteur edwardes) : C'est fou la tartine de films usant de la psychologie/psychanalyse que je vois en ce moment...

Sante Fe Trail (la piste de Santa Fe) : Bon western où Curtiz prend ses aises avec une histoire pre-guerre de sécession. Mais j'en ai rien à foutre, j'aime pas les chansons qui donnent dans la morale ou jouent les jeunes vierges (imagine de lennon), ni les bouquins et les films dénonçant quelque chose... Mais putain ! Montrer des "negroes" (c'est le terme employé du film, hein) priés pour être libres puis quelques instants après, leur faire dire "On n'en veut pas de la liberté" ouah ! Dépeindre les abolitionnistes comme des bêtes assoiffés de sang et les esclavagistes comme des gens raisonnés ahhahah. Ca m'a surtout fait bizarre de voir Errol Fynn dans ce camp, ça a toujours été un gentleman^^, un gentil ce type (enfin il est d'ailleurs un genleman dans santa fe mais pas de la même manière que ses autres films). Rien que pour voir Ronald Reagan se prendre un rateau par Olivia de Havilland^^ !

Et c'est tombé dans le domaine public sur archive.org ! Enjoy (des cagney qui me sont inédits, du tex avery, BB King... Je viens tout juste de découvrir ce site - bookmarks direct, je suis sur que vous pourriez y trouver de quoi vous nourrir -) !
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Message24 Mar 2008 0:28
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Limguela

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La piste de santa fé, je ne l'ai pas encore vu... il est dans la liste que j'ai mis ailleurs... archive.org, j'avais mis le lien dans le topic des "liens à partager", mais le site ne m'a jamais vraiment convaincu. Si c'est dans le domaine public, de toute façon, ça change rien, puisqu'on peut les trouver ailleurs...

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Into the wild, Sean Penn.

Oui, ok, c'est un bon film... mais moi c'est pas trop mon truc, ce genre de trip. Un type qui est pas bien dans sa peau, avec ses parents, avec l'hypocrisie du monde en général, avec la société de consommation... Les ricains ne font rien comme les autres : soit ils consomment comme des porcs, soit ils deviennent hippie. Le type ne se sent donc pas bien chez lui, il part donc sur la route et finit en Alaska. Sur le plan formel c'est super bien fait, le récit alterne entre son dernier passage en Alsaka et du comment il en est arrivé là. C'est parfois passionnant, mais moi ça me gênera toujours... Ok, c'est une histoire vraie, mais moi je ne vois ça que d'une manière purement formelle, et pour moi, l'harmatia, le point de départ qui est à la base de tout, n'est pas assez fort pour justifier un tel besoin d'aventure. Si c'était si banal comme point de départ, il ne fallait pas en faire tout un plat, or les récits de la sœur de type sont là sans cesse pour nous rappeler qu'il fuit quelque chose, sa famille, ses parents... Affreusement banale... Je préfère encore que le récit se concentre sur son "parcours initiatique", parce qu'au final, ça ne devient qu'un fait divers (attention spoiler...) un type qu'on a retrouvé mort empoisonné dans son camp en Alaska entouré de tous ses écrits introspectifs qui permettront à un livre de naître puis un film... Bref, même s'il y a plein de scènes attachantes, si la technique est parfaitement maîtrisée, il y a un truc qui me gêne... What's the point ?! Quand on fait un film, on veut faire une œuvre, un truc accompli, on ne cherche pas à faire un témoignage ou je ne sais quoi... Et ça m'étonne vraiment pas que ce soit le film d'un acteur ça. Eux qui sont toujours à la recherche de "l'authenticité véritable"? Bref, ça m'écœure légèrement, c'est se prendre la tête pour pas grand chose, à part pour se faire mousser, parce que c'est cool d'avoir l'air d'être plus vrai que son voisin.
Très bon film toutefois...

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They drive by night (Une Femme dangereuse), Raoul Walsh

Je dois être particulièrement bien luné en ce moment parce qu'il me semble voir de très bons films chaque jour.

Un film plutôt singulier que voilà. Pendant plus d'une heure, on a affaire à une sorte de chronique prolétaire à l'américaine. Deux routiers, deux frères (George Raft et Humphrey Bogard) tentent de se débrouiller dans la jungle capitaliste. L'un est plutôt débrouillard (George Raft), l'autre plutôt paresseux, quelconque (Bogard). Aucune problématique énoncée dans l'intro, le sujet, c'est juste de les montrer se débrouiller dans la vie, faire face aux problèmes, aux coups durs ; et en Amérique, pour s'en sortir, on se met à son compte... americain way of life, la liberté de réussir, la liberté de tout perdre... Mais ce ne sera pas le sujet du film, en fin de compte.

Raft tombe amoureux d'une belle rousse, Bogard s'endort en volant et perd un bras et devient ainsi à la charge de son frère. Tout ça serait finalement plutôt banal, même si pas loin au fond de ce qui naîtra peu de temps après en Italie avec le néoréalisme, seulement un personnage va faire pencher le récit vers une trame plus traditionnelle, plus dramatique. Un personnage de film noir, la femme fatale, la mante religieuse... Et qui de mieux pour tenir ce rôle que ma chérie Ida Lupino ?^^ On est loin de son personnage d'aveugle miséricordieuse de la Maison dans l'ombre, elle tient là le type de rôle qu'elle a le plus souvent eu au cours de sa carrière : la vamp odieuse, manipulatrice et finalement fragile, fragile d'aimer à la folie un homme qui se refuse à elle et pour qui elle est capable de tuer... Un personnage en or, une actrice en or... N'importe quelle comédienne aurait rendu ce personnage antipathique, Ida Lupino, elle, arrive à rendre cette garce attrayante, sympathique, malgré ses actions qui l'a fait bien passer au rang de belle salope dans le who's who des plus grandes connasses du XXe siècle.

La Lupino est donc mariée à un patron camionneur, un nouveau riche, qu'elle méprise parce qu'il n'a pas la classe tranquille du gentleman-prolétaire, George Raft. La beauté du truc, c'est que tout comme la Lupino, Raft n'a pas le physique parfait, c'est loin d'être un adonis, un don juan, et pourtant toutes les filles semblent lui tomber dans les bras... Tellement peu crédible au cinéma... certaine chose de la vie qui sont pourtant vraies sont impossibles au cinéma. Et pourtant on y croit. Parce que ce George Raft, il a l'autorité pour, la présence. Et comme dans les Anges aux figures salles ou Ces Fantastiques années 20, Bogard tient encore un second rôle (il faudra attendre l'année suivante je crois pour qu'il ait un premier rôle), encore un rôle de looser qui lui va à merveille. On est donc tout à fait convaincu par ce personnage pas beau mais le type bien par excellence, et intelligent, qui séduit malgré lui la femme du patron. La Lupino a beau faire des loopings autour de lui comme une mouche autour d'un fromage appétissant, Raft est un gentleman : on ne touche pas à la marchandise de son patron d'ami, on reste indifférent aux belles parades d'amour de la vamp endiablée...

On commence à sentir le truc... A forcer de tourner autour de Raft, la Lupino va finir pas perdre la tête et va se laisser chahuter par les rapides de la jalousie. Il faut attendre une heure dix de film pour que le film sorte de la route tranquille de la chronique. La Lupino, en bon personnage de film noir, se met enfin en action et maquille le meurtre de son mari en un suicide typiquement américain : asphyxie du mari ivre mort dans son garage alors que le moteur de l'auto tourne encore... (Si la Lupino avait pu le tuer avec un paquet de Marlboro, nul doute qu'elle ne se serait pas privée)

Affaire classée. Ce n'est pas un film de flic (c'est rarement ce qui intéresse Walsh, lui c'est plutôt les faits, les personnages qui l'intéresse, plus que les mystères, les films à énigme...) mais le récit de la rencontre d'un homme bien avec une femme pas bien... qui n'est pas bien, malade, que le gentil monsieur se refuse à elle... Le scorpion qui tombe amoureux du lapino, la lionne qui s'éprend du saint-bernard... C'est touchant finalement qu'un monstre puisse tomber amoureux d'un ange...

La Lupino offre les clés de l'entreprise à son amoureux, comme une chatte qui vient vous offrir une souris pour vous dire que vous comptez pour elle. Raft sent le coup tordu, les rochers sous son kayak, mais c'est une occasion à saisir. Et le voilà donc grand patron. Seulement, il ne faut pas contrarier une vieille chatte jalouse quand elle croit vous faire le plus beau des cadeaux. Et quand Raft présente sa rouquine à la patronne qui se rend compte tout d'un coup qu'elle n'est qu'une sorte de dindon de la farce, elle glousse, s'emporte et révèle alors "tout ce qu'elle a fait pour lui" et lui l'ingrate petite souris qui au lieu de la remercier s'en va au bras d'une rouquine sans le sous... La Lupino est maintenant bien loin du bon fromage d'autrefois, et ça commence sérieusement à sentir le pâté. Raft ne mange pas dans cette gamelle là et s'en va de la manière la plus blessante qui soit pour une belle "cabotineuse" qui vient d'avouer son crime et surtout le mobile de son crime ("mais c'est pour toi que je l'ai fait ! mon amour !..." dit-elle toute miaulante) : presque indifférent (les chattes aiment bien se chamailler en guise de préliminaire et refuser le conflit, c'est comme se prendre un râteau en pleine poire, alors l'indifférence, c'est pire que tout !).

On rouvre l'affaire... parce que la vengeance est un plat qui se savoure en miaulant. La Lupino s'en va tout raconter à la police : "J'ai assassiné mon mari ! mais si je l'ai fait c'est parce que mon amant m'y a poussé !". (Mais quelle belle salope !^^) Le bol de lait est du côté de la chatte : les apparences ne mentent pas, jamais (sinon, il n'y aurait que des criminels en prison). Mais encore, là, ce n'est pas le sujet : on a échappé au film de flic, on aura pas le film de prétoire. Rien que deux ou trois témoins à la barre (on est en plein dénouement, ça peut être un procédé utile pour refaire un tour rapide du récit), puis arrive la Lupino... complètement lessivée après être passée à la machine de l'amour non partagé, rongée par la culpabilité d'un crime "pour rien", la pauvre est devenue complètement maboule... "Allo docteur ?" Ok, affaire classée : la veuve était folle...

Et la fin se termine sur un clin d'œil d'une morale plutôt douteuse... Raft, jouant jusqu'au bout son personnage d'homme parfait, décide de se retirer de l'affaire dans laquelle il n'a aucune légitimité. Seulement sa rouquine de femme s'en mêle et demande aux ami-employés de son mari (ou pas tout à fait encore...) de ne pas le laisser partir (c'est qu'un chat roux se salit bien vite avec un mari plein de cambouis). Ils arrivent finalement à le convaincre de rester dans la scène finale, qui se termine donc sur un clin d'œil de la nouvelle chatte à ses souris. Celui qui se fait couillonner encore et encore, c'est le bon, l'homme honnête, on y échappe pas... Et je me permets de citer Thoreau (que j'ai piqué dans Into the wild) : "Plutôt que l'amour, que l'argent, que la foi, donnez-moi la vérité."... Pas pour cette fois encore, George... on aura beau dire ce qu'on veut, ça reste les chattes, à la maison comme dans le monde, qui portent la culotte.

*****************************************

J'ai finalement regardé une daube pour me convaincre qu'il n'y avait pas que des chefs d'œuvre en ce jour de Pâque :

Hitman.

Un acteur de Lost, un autre de Desperate Housewife, encore un autre de Prison Break... c'est bon, c'est quoi se défilé d'acteurs de séries us ?! Une histoire incompréhensible (un comble pour un film aussi débile), un personnage principal dopé au bromure malgré le fantasme sur pattes de Petrovic, des bastons ridicules et peu nombreuses, un acteur qui s'évertue à reproduire la démarche si peu humaine du personnage du jeu vidéo... bref : mais c'est quoi cette daube ?! ─ Rendez-moi ma Lupino ! (et là ma chatte arrive et me dit : "Non, tu n'auras pas ta lupino avant d'avoir fini ton bol de lait..." ─ Ah ! elle m'en fait boire de toutes les couleurs, ma rouquine de garce...)
(Et pas sûr qu'un type qui se veut discret le soit parfaitement avec un code barre tatoué sur son crâne !)
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Message24 Mar 2008 23:00
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bandini

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They Drive By Night... Je l'avais vu au ciné en 194... euh 2004 ou 2005 plutôt au festival d'Amiens qui passait un petit cycle avec la Lupino. J'avais adoré ! Et c'est fou à quel point George Raft a "saboté" sa "carrière"... Tous ces rôles filmnoir/gangster qu'il a refusés High Sierra, Maltese Falcon, Double Indemnity... Bogart ramassant les miettes. Dans le même genre que le duo Raft/Bogart du Walsh que t'as vu, il y a Manpower (du même Walsh) où Raft et G Robinson jouent les ouvriers d'une compagnie d'électricité risquant leurs vies sur les poteaux électriques alors que l'orage vrombit... Et Marlene Dietrich créant la tension... électrique. Into The Wild, ça ne me disait déjà trop rien alors maintenant... c'est comme les prestations décevantes de certains joueurs pour la march madness ! Dégringolade dans les mocks drafts^^ ! Je le verrais peut être chez quelqu'un puisque c'est toujours chez les autres que je vois ce genre de films...

Hier j'ai pu voir The Black Swan (Le Cygne Noir) d'Henry King. Un bon film de pirates ! Si chaque film pouvait être aussi entertainment que celui ci... Le seul hic, c'est Maureen O'Hara dans le rôle de la nana balai dans le cul de la couronne d'Angleterre... Fort heureusement, elle ne l'ouvre pas trop. Anthony Quinn, Tyronne Power et George Sanders en vieux pirate avec une barbe rousse où il n'a plus du tout son accent vernaculaire.
Des combats aux sabres, de la gnôle, des bateaux qui se tirent aux boulets, de la trahison, une love story, des navires sublimes... Une grosse production. Tout ça dans un technicolor pétaradant, resplendissant, chatoyant... D'ailleurs, thanks to imdb, le directeur de la photo Leon Shamroy a recu l'Oscar pour son boulot. Et quel boulot ! C'est peut être le plus beau film en technicolor qu'il m'ait été donné à voir... Jamais vu des ciels aussi colorés^^.

Ce Cygne Noir est un peu la réponse de la Fox aux films pirate/aventure avec Errol Flynn de la Warner. J'en ai pas vu des masses des pirate's movies : la flibustière des antilles avec une héroïne bien sympa, un autre plein de gags et d'acrobaties avec Lancaster (l'un des tout dernier film de pirates), L'île au trésor de fleming, Barbe Noire de Walsh, captain blood... Et j'avais raté le cycle pirate italien&français (je crois) de Dionnet sur Canal il y a quelques années. C'est dommage que les films de pirates se soient perdus (et les trucs de cape & d'épées aussi - il n'y a plus guère que l'asie pour en proposer)... C'est l'Aventure, du fun ! Et me sortez pas Pirates des Caraibes parce que c'en est pas un... et puis, on n'a jamais vu une pirate rachitique.
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Message25 Mar 2008 12:26
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Limguela

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La Rose noire Henry hathaway
Ça me déprime ce genre de film, avec ces couleurs extérieures qui sentent le formol...

En cloque mode d'emploi.
Bah, euh moi j'ai bien aimé^^. Pas envie de développer pendant neuf mois...
Une seule chose à dire : Katherine Heigl icon_redface.gif
(qu'elle vienne gueuler à mon oreille... une fille aussi jolie, qui arrive à garder la classe avec un rire aussi stupide, ça c'est vraiment pas possible)

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(une petite séparation.. on ne mélange pas les torchons et les serviettes...)

Meshi, Le Repas (Mikio Naruse - 1951)

Qu'est-ce que j'ai pu adorer ce film. Pourtant c'est pas son film le plus connu ; je n'avais pas été transcendé par Nuages flottants... Un film qui ressemble pas mal à ce qu'il se faisait à cette époque au Japon. Dans la forme, ça ressemble évidemment à du Kurosawa. Mais l'histoire, le thème, l'angle, la manière de présenter la fable, ça ressemble bien plus à du Bunuel ou à du Chabrol (en plus maîtrisé), voir du Ozu si on reste au Japon. Kurosawa avait une manière très occidentale de présenter ces histoires, elles-mêmes qui avait souvent parfois plus de liens avec les mythes, les codes occidentaux que japonais (il adorait les westerns, Tolstoï, Shakespeare...). Le film ressemble pour moi à un film que j'avais beaucoup apprécié aussi de Bunuel, période mexicaine (Tourments, 1953) : la même concision (à la Tourneur) avec rarement des scènes qui font plus de trente secondes, le même thème affreusement banal de problèmes de couple, mais qui justement parce que c'est une chose qui touche tout le monde, atteint l'universel. Et là encore, le même plaisir de découvrir, comme avec Bunuel ou d'autres, une société totalement étrangère, avec des coutumes qui même après plusieurs films japonais continuent de frapper. On idéalise souvent une société qu'on découvre au cinéma ; c'est au fond ce qu'on fait classiquement avec la société américaine avec leur film, mais c'est en fait la même chose pour tous les cinémas, toutes les sociétés : comment ne pas être fasciné par la société brésilienne en voyant la Cité de dieu, la société polonaise en regardant le décalogue de Kieslowski, la société française même en regardant, par exemple la Vie de Véronique de ce même Kieslowski ou l'Esquive, la société autrichienne en regardant Funny games ou Benny's vidéo, la vieille société turque en regardant Amercia America, la société chinoise en regardant Vivre, russe avec Partition inachevée pour piano mécanique, canadienne avec de Beaux lendemains, indienne avec un film de Satyajit Ray, coréen avec My Sassy girl, anglaise avec un vieux Ken Loach, hong-kongais avec In the mood for love (film avec lequel il y a beaucoup de similitudes d'ailleurs, tout comme avec certains films de Louis Malle... comme cette scène où la femme marche aux côtés de son cousin, qui n'est pas là son amant mais tout comme, et que la caméra les suit en travelling d'accompagnement, à la fois si proche et si lointain comme de jeunes enfants amoureux qui n'osent se prendre la main, et avec cette musique sans cesse présente dans le film, qui souligne comme dans une chanson de geste, comme dans un conte chaque instant du déroulement de l'histoire...) et donc japonaise avec n'importe quel film de Kurosawa contemporain de son époque ; et tout cela étant valable aussi pour les sociétés à découvrir des époques antérieures... De l'Evangile selon Mathieu de Pasolini jusqu'à Rashomon en passant par Gervaise ou Rocco et ses frères, La Chanteuse de pansori... Tous ces films, étant souvent naturalistes, en montrant le quotidien d'une société, en dévoilant toute la complexité des rapports humains derrière la simplicité d'une vie ordinaire, nous montrent toujours autre chose, à nous qui sommes étrangers à ces sociétés. Tous ces films ont une valeur universelle, parce qu'en s'adressant le plus souvent à leur société, en montrant le quotidien de leur habitants présents ou passés, ils s'adressent finalement à tous. Voir l'un de ces films, c'est s'émouvoir que rien ne sépare une société, un ménage, du XIXe siècle au japon d'un autre en 1950 au Mexique, ou d'un autre en 1900 en Russie... Qu'importe l'endroit et l'époque où l'on se trouve sur la planète, les histoires sont toujours les mêmes. Et le plaisir de découvrir ces films, s'ils sont suffisamment maîtrisés, il est justement là : découvrir des mondes inconnus ou lointains, des mondes différents, qui sont toujours ou ont été. C'est le même plaisir que la découverte d'une société de science-fiction... Pas besoin de nous mettre dans un grand huit pour nous faire ressentir de grandes émotions : faire la découverte de personnages qui paraissent si éloignés de nous et se rendre compte qu'ils sont finalement exactement pareil, ça c'est joussif...

Et quel plaisir de voir les Japonais vivrent si près du sol. Les Européens ont toujours vécu dans des porcheries ce qu'il fait qu'ils se sont élevés pour être au propre. Les tables et les chaises sont un résidus de nos sols sales. Au Japon, la maison est un véritable lieu de vie "aseptisé". Dès qu'on entre, on laisse ses chaussures dans un sas et le rez-de-chaussée est une sorte d'entre-sol, de faux plancher où non seulement on traine pied nus mais on garde à tous moments un contact sensuel avec ce sol. On mange "par terre", le cul directement posé sur un tatamis ou sur un petit coussin, souvent assis en « seiza » (les fesses posées sur les talons) ou en tailleur ; on dort sur des futons, par terre. C'est un usage qui est partagé par de nombreuses sociétés de par le monde (sans tous les raffinements propres à la culture japonaise), souvent dans les pays pauvre pour des raisons bien compréhensible, mais un usage qui existe aussi en occident, il faut le rappeler, pour comprendre notre regard, notre fascination (en tout cas la mienne) sur cette pratique... chez les tous petits. Un gamin quand il joue, il joue à terre, on n'a pas encore corrompu nos mômes au point de vouloir les faire jouer sur des tables ; souvent les siestes à la maternelle se font sur des tapis de sol... Et c'est un plaisir tout particulier qui, j'en suis persuadé, favorise le développement de nos sens, de notre équilibre (et je peux en parler j'ai dormi quelques années par terre en boudant mon lit qui était le stéréotype du lit à l'occidental : un lit de plus d'un mètre ; parce qu'on méprise tellement nos sols que non seulement on ne dort qu'à l'étage, mais en plus un matelas ne nous suffit pas ; il nous faut le sommier et les pieds ; on s'éloigne de la poussière mais on crée des monstres sous les lits ─ une peur qui fait de nous sans aucun doute des hommes soucieux des choses cachées derrières toute chose et qui fait de nous à notre tour des monstres de guerre, car il vaut mieux bouffer l'autre que se faire bouffer...^^ ─ hou la la, l'étude sociologique à deux balles !^^).

Les Japonais ont donc gardé cette "authenticité", cette proximité avec le sol en faisant de lui une part entière, importante, de leurs salles de vie. Partager un sol commun, entretenir son sol, le choisir, c'est un peu comme partager une assiette commune avec son voisin, c'est une autre idée du partage, de la communion ; partager et vivre sur un sol commun, c'est profiter à plein de l'hospitalité de son hôte, c'est avoir un lien sensuel avec le reste des membres de sa famille. Et c'est surtout l'étrangeté de découvrir, pour nous occidentaux, d'autres codes de vie. On ne met pas ses coudes sur la table... on n'écarte pas les coudes pour ne pas gêner son voisin... rien d'indécent ne se passe sous les tables... Il y a tout un système des relations sociales, de politesse, qui sont à découvrir et qui, quand on voit un de ces films, reste pour nous totalement incompréhensible. Nos tables ont fait de nous des êtres coupés en deux, on a conscience de notre corps comme s'il y avait un haut et un bas : c'est ainsi que depuis Descartes nous faisons une distinction entre l'âme et le corps (le "schisme" corporel bas-haut n'est que le prolongement de cette séparation de notre culture entre l'âme et le corps) ; il nous est alors tout naturel (et obligatoire) de porter un bas de vêtement, et un haut ; l'idée de porter un vêtement uni serait pour nous une idée ridicule (« le peignoir... ah ah ! mort de rire... »). Une distinction qu'on ne voit pas dans le reste du monde et particulièrement au Japon où dans toute chose, en religion, en vêtement, il serait inconcevable de distinguer un haut d'un bas du corps ; le corps est entier... Ainsi, cette société nous parait tellement étrangère que tout comme il nous est impossible de déceler le sens d'une phrase en Japonais, d'y déceler le moindre sous-entendu, accent de vulgarité ou de noblesse, de même, plein de choses nous échappe dans leur langage secret du corps, mais ça nous fascine. Le Japon, c'est plus qu'une curiosité anthropologique, c'est de la science-fiction !^^

Et alors sur le plan purement formel, avoir des personnages "en pied", assis par terre, c'est en soi déjà un plan rapproché ; le plan coupé, dit "plan américain" (un autre résidu de notre perception du corps coupé par les tables) n'existe pas (ou peu, on passe directement du plan moyen au gros plan). Les Américains ont créé le cinémascope pour rivaliser avec la TV, ils ont saisi l'occasion pour exprimer leur goût pour les grands espaces. Au Japon, il n'est plus question de partir à la quête des grands espaces, mais plus de rentabiliser un espace. En cela, le cinémascope pour un japonais n'a pas de sens, c'est du gâchis. Un plan doit être ramassé, composé dans sa propre profondeur de champ, non en s'étalant dans la largeur comme un gamin qui chercherait à comparer qui en a une plus grosse... Les pièces au japon sont compactes et rappellent parfois le format d'un livre, d'un livre haiku, accentué par cette écriture verticale japonaise, et les plans dans la pure tradition du 4/3 (ou ici plus précisément du 1,37:1 selon imdb) fait plus penser à cela, alors que le cinémascope américain, c'est le format des chéquiers, des cartes de visites, des cartes de crédit, des billets... L'horizontalité, c'est quelque chose presque d'obscène, ça ramène toujours à l'opulence, à la quête de la propriété... et quand ils ont affaire à la verticalité, c'est encore pour en faire quelque chose d'obscène, comme leurs grattes-ciels qui s'élèvent non pas vers la spiritualité mais comme des phallus géants... Dans ce cinéma, pas besoin de couper systématiquement le corps "à l'américaine" ; car comme au théâtre, c'est le corps lui même qui dicte la distance de la caméra, de l'œil-objectif : même en "plan moyen" un japonais qui se met en seiza est en gros plan, on peut le mettre dans un coin du cadre et le plan est déjà tout trouvé. Et une caméra posée sur le sol, au niveau de ces personnages, semble plus humaine, plus humble, plus proche. Aucune société n'est finalement aussi cinématographique, photogénique que celle-ci : des plans tout trouvé avec des personnages debout ou assis, une grande densité des objets dans la verticalité, que ce soit dans les intérieurs ou dans ces villes construites sur des plans non unis (un peu à l'image de San Francisco), des décors très proches des acteurs comme dans une maison de poupée où chaque chose est à portée de bras et d'œil, où chaque décor offre un cadre à l'intérieur même du cadre donnant ainsi à l'ensemble du film une harmonie, des portes coulissantes (shoji) qui s'ouvrent latéralement comme les volets dans les effets de transition des films de Kurosawa (une porte qui s'ouvre c'est un mouvement oblique qui est comme une menace, quelque chose qui vient interrompre l'harmonie du cadre, alors qu'un shoji a quelque chose de plus harmonieux, de plus doux ─ et pourtant son ouverture est souvent brutale, rapide)...

Dans ce film de Naruse, donc, pas de grandiloquence, pas d'éclat, pas de grandes épopées ni de grands sentiments ou de grands drames. La douceur et la complexité du quotidien comme dans la rigueur et la simplicité d'un poème japonais. Il s'agit juste d'un problème de couple qui ne se comprennent plus. L'incommunicabilité toujours... Le mari, sans être odieux, traîte sa femme un peu trop comme une boniche. L'élément déclencheur qui va tout remettre en question, c'est l'intrusion dans le couple d'une jolie nièce qui s'invite dans le ménage. On est pas dans le drame, donc il ne se passera rien de bien méchant entre le mari et la nièce, mais assez pour éveiller les soupçons de la femme, au moins la faire prendre conscience qu'il y a quelque chose qui ne va pas entre elle et son mari. Elle flirte aussi de son côté avec un cousin ("plutôt bel homme") mais encore là, on ne pêche qu'en pensées. La femme décide de prendre du recul en rejoignant ses parents dans la capitale et on suit les deux vivre chacun de leur côté, comme deux inséparables qui se retrouveront finalement. Rien de rock'n'roll ni de très subversif là-dedans, surtout quand on voit la fin avec une morale très petit bourgeois, qu'on jugerait aujourd'hui très rétrograde : ... mais malgré tout, le mari et la femme se retrouvent, il n'existe pas de véritable bonheur, le seul bonheur qu'il puisse exister, c'est celui d'être ensemble malgré les désaccords et les incompréhensions... Le charme discret de la bourgeoisie, c'est tout à fait ça. Jamais on ne se chamaille, on se parle, mais on ne se comprend pas et malgré tout, on sourit. C'est quelque chose qui est peut-être propre à une époque où il était mal vu de se plaindre, où il fallait accepter son sort, peut-être est-ce encore le cas dans certaines sociétés (en tout cas pas chez nous où on passe notre temps à nous plaindre... comment faire des bons films avec des personnages aussi antipathiques que les français^^). On est toujours entre la tristesse et le sourire. On ne se force pas à sourire, on accepte son sort, mais ce n'est pas pour autant qu'on va se priver d'un petit plaisir simple comme celui de sourire, de prendre le bonheur qui passe... "Il ne tient qu'à vous d'être heureux..." Que c'est beau de voir des gens faire autre chose que sauver le monde, devenir quelqu'un, tuer quelqu'un chercher à résoudre un mystère... des gens vivre simplement, sans que ce soit misérabiliste... tous les personnages ont la « positive attitude » (bien que tristes). Le malheur, comme le bonheur, n'est qu'un état passager et quand elles se surprennent à se complaire dans leur « malheur », c'est là que les japonaises sourient. "Vous pensez que je suis triste ?"... on ne dit pas "vous pensez que je suis malheureuse ?" Le malheur n'existe pas... seuls les malheurs de la vie peuvent nous frapper de temps à autres, on y survit la plupart du temps. Il n'y a que des gens tristes... qui sourient. La vie, qu'on habite en Chine à Sydney ou à Madrid, aujourd'hui comme hier, c'est un bonbon qu'on suce qui n'est ni sucré ni acide, mais simplement doux-amer et qui dure jusqu'à la fin...

Meshi beaucoup monsieur Naruse pour cette leçon de vie.^^


(Et puis je repense à la question de Akira concernant le pourquoi de ces notes après la vision d'un film... La passion tout simplement. quand on ne peut pas partager sa passion ni avec sa famille ni avec ses amis, qu'on passe pour un extra-terrestre parce qu'on tombe amoureux d'un film japonais des années 50, malgré la grande difficulté à le suivre avec des sous-titres vraiment pas synchro^^, alors l'écriture, c'est l'illusion de partager ce qu'on éprouve, avec quelqu'un ou avec soi-même. On se nourrit de nos passions, sinon on meure, et il n'y a rien de plus déprimant que de prendre un repas seul. Alors écrire, c'est un peu s'inventer des amis de huit heures qui partagent la même nourriture...)
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Message31 Mar 2008 1:33
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riv'

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Hier soir j'ai vu "Pulp Fiction" pour la première fois.
Wouahou, ce film est hors du commun icon_razz.gif

J'aime beaucoup la façon dont les histoires de chaque personnage sont présentés et comme elles se rejoignent.
D'ailleurs on dirait un peu un livre, avec des chapitres racontant des histoires différentes mais qui finalement ont un rapport.

Il y a aussi une putain de belle brochette d'acteurs, le duo John Travolta/Samuel.L.Jackson est magique !

Je ne pensais pas rire devant ce film, et pourtant ça m'est arrivé plus d'une fois.

Bref, très content d'avoir vu ce film, spécial, mais terrible ! icon_cool.gif
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Message03 Avr 2008 13:11
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samacom

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riv a écrit:

Hier soir j'ai vu "Pulp Fiction" pour la première fois.


Vachement en retard dis moi^^!!

riv a écrit:
Bref, très content d'avoir vu ce film, spécial, mais terrible !


Cours voir les autres red.gif , Jacky Brown, Reservoir Dogs, True Romance, Kill Bill.
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Message03 Avr 2008 13:17
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riv'

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samacom a écrit:
riv a écrit:

Hier soir j'ai vu "Pulp Fiction" pour la première fois.


Vachement en retard dis moi^^!!

riv a écrit:
Bref, très content d'avoir vu ce film, spécial, mais terrible !


Cours voir les autres red.gif , Jacky Brown, Reservoir Dogs, True Romance, Kill Bill.


J'suis jeune, je ne me presse pas icon_cool.gif

Kill Bill (volumes 1 et 2) j'ai déjà vu, on reconnait le style je trouve, quant aux autres je les connais que de nom, je vais essayer de choper tout ça.
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Message03 Avr 2008 16:33
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Cousin Hub'

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Reservoir Dogs est déja culte et devrait dans peu de temps apparaître dans les Indispensables de Lim'.

Pour ma part, j'ai regardé deux films dernièrement (je ne compte pas Le voyage dans la lune de Méliès puisque ce n'est pas vraiment un film...)

Le Faucon Maltais de John Huston

C'est le premier film de Bogart que je regarde. Que dire ? Ce type a la classe tout simplement, quand je vois les stars pourris de maintenant...

Sinon, j'avais lu le livre de Hammett quand j'étais au collège et il manque pas mal de trucs, mais bon, c'est comme ça pour toutes les adaptations, je vais pas me plaindre.

Duel de Spielberg

On m'en avais longuement parlé, comme quoi c'étais génial, inventif... Je ne vais pas dire qu'il est nul, loin de la, mais il faut dire que je me suis un peu ennuyé, même si j'ai plutôt bien aimé, mais de la à dire que c'est un chef-d'oeuvre (bon Lim je t'attend icon_lol.gif )

Sinon je continue ma quête des films cultes, les suivants sont :

- A l'est d'Eden
- M le maudit
- Sur les quais
Message03 Avr 2008 21:43
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Limguela

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Oui Rerservoir Dogs comme Pulp Fiction je les mettrai dans la liste... Jackie Brown, c'est moins sûr.

Le truc de Méliès, bah, c'est bien un film^^ seulement, c'est un court métrage. Il n'y avait pas de standard à l'époque, il n'y a pas vraiment non plus de récit... on a coutume de dire que le premier film narratif, c'est Naissance d'une nation... mais c'est pas pour autant que ce n'est pas un film.

Sinon pour Duel... chacun son avis. Pour moi, c'est un chef d'oeuvre minimaliste. Faire autant avec rien. C'est un exercice de style. A partir de là, je comprends qu'on ne puisse pas aimer.

Là, je viens de voir Fenêtre secrète, sur M6. Ça faisait un moment que je n'avais pas vu un film sur TF1 ou M6, et ça m'a surpris d'avoir une pub en plein film !^^

Sinon, c'est adapté d'un King, que je ne connais pas. Mais c'est tout à fait le genre... Encore un écrivain, tout seul contre tous, la folie... Comme d'habitude, un grand mystère bien génial et puis cette fin toujours si peu convaincante. L'ironie, c'est que King fait dire à son personnage qu'il va faire cette fois une fin géniale, parce que c'est tout ce qui compte. Raté^^ encore une fois Stehen.

Johnny Deep surjoue comme d'habitude... mais c'est un plaisir...
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Message03 Avr 2008 22:31
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BiGBeN

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Reservoir Dogs est énorme. Mr pink, blue, orange, tous son excellent. Et puis, la scène de l'oreille est culte !
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Palmy For Ever,c'est le Thai ,BiGBeN,Kiskay et Amaru!!!!!!!!!!
17/30
Message03 Avr 2008 22:37
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Cousin Hub'

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Limguela a écrit:
Le truc de Méliès, bah, c'est bien un film^^ seulement, c'est un court métrage. Il n'y avait pas de standard à l'époque, il n'y a pas vraiment non plus de récit... on a coutume de dire que le premier film narratif, c'est Naissance d'une nation... mais c'est pas pour autant que ce n'est pas un film.

En parlant du film de Griffith, j'ai entendu dire qu'il était un peu beaucoup raciste...
Message03 Avr 2008 22:42
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bandini

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C'est Tony Scott le réal' de True Romance. Ca doit être pour ça que je n'ai pas aimé^^. Tarantino est responsable du scénario.

Cousin' Hub = meilleur avatar de tous les temps^^ (j'avais même pas voté à l'époque... je vais le faire même si chacun a changé de tronche)
Pourquoi ce n'est pas un film le voyage dans la lune ? Ca dure un quart d'heure, c'est muet mais bon...

edit : oops on en a déjà parlé du voyage dans la lune...

Faucon Maltais : il y a pas que Bogart ! Mais le patibulaire sidney greenstreet, peter lorre... si tu revois des bogart, tu tomberas souvent sur les mêmes têtes. Il y a aussi deux autres versions du "faucon..." antérieures à celui de Huston. Qui valent le coup, enfin moi j'avais bien aimé.
"L'étoffe dont sont faits les rêves..." Que c'est beau ! Ca devrait être la maxime du cinéma !

Duel, je ne l'ai pas vu. C'est le truc de bagnoles ? On me l'a chaudement recommandé.

@ Lim : Pour Naruse, c'est de loin le truc plus intéressant que j'ai lu cette semaine !!! Le "droit" du sol, la différence entre le ciné jap et ricain... Ouah tout ça, c'est précieux. J'avais jamais pensé ça. Je ne sais pas si ce sont des domaines qui ont été déjà défrichés mais j'avais jamais rien lu de tel. Naruse (seulement nuages flottants) comme Mizoguchi (only l'impératrice yang kwei fei) ou Ozu (que voyage à tokyo), j'ai pas vu grand chose. Mais ça me met en appétit ce "repas" !

A Walk In The Sun (le commando de la mort) de Lewis Milestone

Un tout juste moyen film de guerre sur la 2WW où une division ricaine débarque sur les plages d'Italie. Une promenade de santé sous le soleil de l'Italie quoi^^. Mais ces soldats ont la loose, déjà il pleut^^ et sont envoyés au charbon, en éclaireurs... Les renforts n'arrivant que plus tard. C'est toujours comme ça la guerre, on n'envoie les fistons des autres. Et ces gars ne savent pas pourquoi ils sont là, un peu (vite fait) comme dans Voyage au bout de la nuit de Céline.

Pas vraiment de fil directeur, ils débarquent sur la plage, se terrent, moisissent, vont se réfugier dans les bois pour éviter l'aviation ennemie et les tanks... Et ça roupille mais c'est pas grave ! C'est pour magnifier le côté humain des soldats... T'as le bavard qui l'ouvre pour penser à autre chose, le sergent au bord des larmes et qui finira par abandonner ses soldats... Et les moments héroïques (encore que... rien que d'en être, c'est déjà herculéen) cèdent place à l' "affrosité" d"une guerre mais c'est mal foutu...

Et à quelques jours d'intervalle, Richard Widmark et Jules Dassin se sont faits Louis Malle... euh la malle.
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Message03 Avr 2008 22:52
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riv'

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Je viens de regarder 300, wouhou ça décoiffe icon_razz.gif

J'adore la confection du film, les images sont belles, les personnages ont la classe, le cri des spartiates barde à mort (aahouu ahouuu ahouuu icon_exclaim.gif ), et hop, une deuxième soirée de suite sublimée par un grand film icon_cool.gif
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Message03 Avr 2008 23:15
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jordan4ever

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fenetre secrète m'avait ennuyé malgré john turturro, parfait psychopathe.

Les rois du patin

Avec will ferrell et produit par ben stiller, ça vous classe